Portrait/s

Rémi Checchetto, écrivain, a fait le portrait du lycée et de ses habitants…

Le lycée Camille Claudel, celui que nous avons vu nous qui ne sommes pas allés en classe, n’a rien d’une statue, n’a rien de figé, au contraire il a de la bougeotte dans ses jeunes jambes, de la parlote à tous les étages, ce sont des files jamais très indiennes, des repos sur les marches, des bureaux improvisés dans les couloirs, ce sont les camaraderies en veux-tu-en-voilà, une manière d’atmosphère qui sent encore parfois l’enfance, il y a les livres ouverts sur le sol, les cahiers tenus en équilibre sur une cuisse, les sacs qui servent de bureau, le duo qui discute, le trio qui rigole, le quatuor qui accorde ses violons pour un exposé, ce sont les sonneries, les mouvements vifs alors, le petit peu d’air frais (ou la clope) qu’on va prendre devant, les pas qui mènent d’une classe à l’autre sans que cela soit trop sur automatique, les arrêts treize fois à la douzaine dans le hall pour saluer untel, unetelle qu’on n’avait pas encore vu aujourd’hui, ce sont les mains sur les livres du cdi, les mains qui cherchent en silence, trouvent, ouvrent, feuillettent, s’arrêtent et laissent les yeux faire alors leur boulot, c’est les yeux sur les écrans, c’est du bonjour madame, bonjour monsieur, salut toi, à demain toi, t’as eu combien en math ? ce sont les marches mille fois montées mille fois descendues par jour, c’est la salle des profs et ses profs qui s’offrent des madeleines faites maison même que je râpe un peu de citron dedans, c’est la cantine, les cent et un bruits des fourchettes, c’est encore une fois un brin d’atmosphère qui sent encore un peu l’enfance, c’est qu’on est entre vieux potes, c’est qu’on se connaît parfois depuis la maternelle et que cela forme des gestes et des regards et des attitudes particulières et un lycée particulier, comment dire ? un lycée plein de bonhomie, un lycée presque comme à la maison.